mon11septembre

Mon 11 septembre 2001.

 

 

Ce jour-là, j’étais tout particulièrement heureux. Doublement, triplement heureux devrais-je dire…

D’abord parce que je me trouvais dans un environnement sublime, dans une des salles les plus somptueuses de l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles (Bruxelles). A quelques mètres de peintures murales signées Albert Ciamberlani, Emile Fabry, Omer Dierickx et Fernand Khnopff, artistes représentatifs du Symbolisme belge. Tout proche aussi de la troublante Déesse du Bocq de Jef Lambeaux. Bref, autour de moi, que du beau monde…

C’était exactement dans ce même et superbe lieu que je m’étais retrouvé, un autre jour heureux de 1970, seul, en tête à tête avec Julie Andrews. Je travaillais comme petit électricien-lumière sur « Darling Lili », un film de Blake Edwards et Julie Andrews y était la tête d’affiche féminine. Elle m’avait demandé: « You speak English ? » - « Sorry, I don’t speak English. » Elle avait aussitôt ajouté « No important !… I sing for you. » et s’était mise à chanter une des chansons qu’elle interprétait dans le film. Pour moi seul ! La somptueuse salle de l'Hôtel de Ville résonnait de son chant et, moi, je planais sur un petit nuage…

 

En ce jour du 11 septembre 2001, j’assurais en fait l’accueil et la surveillance d’une importante exposition consacrée à l’œuvre de Jacques Vandewattyne, alias Watkyne, peintre fameux s’il en est du Pays des Collines. C’était un travail d’une quinzaine de jour que je prestais pour l’a.s.b.l. Actualité, créée par Roland Bavais et dont j’assurais alors la présidence.

Comme chaque jour, le public avait défilé sans discontinuer, les trois quarts de la journée en tout cas. Mais bizarrement le flot s’était alors brusquement tari et, depuis pratiquement deux heures, cela m’avait laissé dans la plus grande des solitudes. Aussi décidai-je, dix minutes avant la fermeture officielle de 18 heures, de fermer boutique et de rentrer chez moi.

 

Dans la voiture, j’allumai la radio. Une voix sinistre annonçait précisément « qu’en raison des événements du jour, bien évidemment la programmation musicale était supprimée ; qu’il fallait à tout prix éviter la Petite Ceinture de Bruxelles, entre la Porte de Hall et la Place Madou où de très graves embouteillages sévissaient ; que l’armée et l’OTAN étaient en état d’alerte, voire pratiquement sur pied de guerre ! »

Ne sachant toujours pas de quoi il s’agissait, j’étais abasourdi et je me disais : « Mon Dieu, on vient d’assassiner le Roi ! ».

Puis, petit gingel du Journal Parlé de 18 heures. Une autre voix, tout aussi sinistre que la première, rappelait « qu’un avion de ligne s’était crashé sur une tour du World Trade Center. »

Mon Dieu, pensai-je, et moi qui habite à quelques centaines de mètres à peine de là… Les tours du Word Trade Center de Bruxelles sont situées dans le quartier de la gare du Nord.

« Qu’un deuxième avion de ligne s’était crashé sur la seconde tour… Qu’un troisième s’était abîmé sur le Pentagone… » Je n’en croyais pas mes oreilles… Le Pentagone, c’est aussi le nom du centre historique de Bruxelles, délimité par la Petite Ceinture qui en épouse la forme.

J’avais donc choisi de changer d’itinéraire.

 

Curieusement, la circulation me semblait même plus fluide que d’habitude et je ne distinguais à l’horizon ni feu, ni fumée, ni sirène, ni pompier, ni police, ni armée, ni rien qui puisse trahir la tragédie qu’on m’assurait se jouer en ce moment. Et pour peu, j’aurais volontiers cru à un canular grandiose, sorte de réplique, plus que douteuse d'ailleurs, au fameux « envahissement de la Terre par des extra-terrestres » annoncé par Orson Welles, en 1938, dans une émission radio qui avait semé la panique aux Etats-Unis…

Hélas, je dus déchanter très vite. Cette fois, il ne s’agissait pas vraiment d’un canular ! Mais du fait d’un terrorisme aveugle qui, aux Etats-Unis, venait, au nom d’un je ne sais quel dieu veule et par haine, de détruire à tout jamais la vie de près de 3.000 personnes et de semer le malheur dans tout autant de familles. L'horreur.

 

Aujourd’hui, les bâtiments se reconstruisent peu à peu.

Les hommes, eux, n’ont pas ce pouvoir…

 

 

Jacques Lambert

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