Hommage à Yves Duval

  Hommage à Yves Duval

 

Le "Soldat inconnu de la bande dessinée", comme le surnommaient parfois les médias, s'en est allé, comme il a vécu, discrètement : Yves Duval est mort, ce vendredi 22 mai 2009 dans l'après-midi, d'un arrêt cardiaque.

C'était plus qu'un ami. "Nous étions frères", comme il se plaisait à dire... Oh, je le soupçonne pourtant d'avoir nourri, par ailleurs, d'autres et bien nombreuses fratries!... Car l'homme était d'un naturel charismatique immense, d'une générosité débordante et, paradoxalement, d'une discrétion presque timide...

C'est le 21 mars 1934, à Etterbeek comme Hergé et Franquin, que naît Yves Duval.

Très jeune, il fait la connaissance de Hergé, entre à 15 ans aux Editions du Lombard. A 16 ans, il publie ses premiers textes dans Tintin... Débuts modestes sans doute, mais précoces ! Par la suite, ce ne seront pas moins de... 1.500 scénarios qui sortiront de sa plume... Yves Duval était par excellence un bourreau du travail bien fait, quasi maniaque...

Sa notoriété, il la devait essentiellement à sa longue et indéfectible collaboration au journal Tintin... Nombre de dessinateurs de grand format, quant à eux, lui doivent leurs scénarios : Jean graton, Albert Weinberg, Eddy Paape, Jean-Claude Servais, Philippe Delaby, William Vance (Rocky Bill), Liliane et Fred Funcken (Doc Sylver, Capitan), Raymond Reding, Dino Attanasio (Spaghetti), Berck (Rataplan), Jacques Laudy (Hassoun et Kadour), Carlos Roque, Fernand Cheneval, René Follet (Howard Flynn), Edouard Aidans (Marc Franval)... Et j'en oublie...

A noter cependant, pour être davantage complet sans prétendre encore à l'exhaustivité, une collaboration éphémère ou limitée au journal de Spirou et à Pilote avec Mic Delinx (Buck Gallo).

Son talent explosait dans les spectacles comiques, voire dans des pièces de théâtre, comme "Trompe-la-Mort ou le journal de Faustine" écrite pour la comédienne belge Marion...

Yves Duval a également exercé son métier de journaliste à Paris-Match et au Moniteur de l'automobile. Notamment.

 

Parallèlement à cette vie de création pure, Yves Duval parcourt le monde entier : les Etats-Unis, la Chine (il fut parmi les tout premiers Européens à pouvoir s'y rendre à l'ouverture des frontières), le Brésil, Hawaii, l'Ile de Pâques, l'Angola, l'île de Sainte-Hélène, Madère, le Portugal... Il en ramène autant de reportages.

Mais c'est le Portugal qui obtiendra sa préférence, son amour, ses faveurs. (Il pratiquait couramment le portugais). Il publie divers livres sur ce pays dont un superbe "Lisbonne" dans la collection Cités d'Art (épuisé). Il y tourne également un long métrage "Portugal, pays des découvertes" auquel j'ai la chance de participer comme cameraman. (Voir rubrique du site: cinéaste) et que j'ai l'occasion de présenter en France et en Belgique...

 

Présent à l'une des premières projections de "Printemps crétois", il apprécie beaucoup le film, je pense, et tient à faire paraître une interview de moi dans un magazine grand public, aujourd'hui disparu, "L'éventail". L'occasion de sympathiser. Cet article, élogieux, paraîtra sous le titre "Jacques Lambert: l'homme du printemps crétois", illustré de photos réalisées par sa compagne, Monique Thibaut. Je garde d'autant plus précieusement l'exemplaire de cette défunte revue que c'est la première fois que je fais l'objet d'une attention particulière de la part de la presse belge pour un film terminé et programmé. Yves Duval exprime aussi le voeu qu'on puisse un jour travailler ensemble sur un projet commun.

Et c'est ainsi que, de nombreuses années plus tard, il imposera ma présence dans la production de "Portugal, pays des découvertes". Une occasion de vivre des aventures hors du commun : celles de l'hélicoptère par exemple, qui lui a fait plus peur, à lui, qu'à moi !... (Voir rubrique Cinéaste).

 

Pour son plaisir, mais surtout le nôtre, Yves Duval, infatigable, se met à l'apprentissage du dessin. Avec des résultats étonnants, plus que prometteurs.

Il termine également l'écriture de son autobiographie qui sort, fin 2007, début 2008, sous le titre de "55 ans dans les bulles". Enfin, il achève la scénarisation de la fabuleuse destinée de Justine Henin (Dessins de Edouard Aidans). Il avait d'ailleurs autrefois réalisé un travail similaire sur Eddy Merckx.

J'entends dire parfois de nous que nous avons la chance de vivre 7 vies... Peut-être !... Mais si cela devait se vérifier pour moi, alors là, je pense sincèrement qu'Yves Duval, lui, en aurait vécu 7 fois 7 ! Et au profit surtout des 7 à 77 ans...

Nous avions rendez-vous chez toi, Yves, ce jeudi 21 mai. Tu n'étais pas au mieux de ta forme. Il fallait donc postposer cette petite fête. Qu'importe ! Le vieux porto attendrait. Et tes bichons patienteraient bien encore un peu avant de se jeter sur moi, toute trépignance, mordille et lèche dehors. Le destin en a voulu autrement.

Bye, bye à toi, Yves, qui, en éclaireur, es parti explorer et mettre en scène de nouveaux univers. Dès que les repérages seront terminés, n'oublie surtout pas d'imposer ma présence dans la production, hein ! Je compte sur toi.

 

Extrait de "Trompe-la-Mort" ou "Le Journal de Faustine".

Pièce écrite pour la comédienne belge Marion.

 

Dites, vous voulez bien me rendre un petit service?... Au cas où il m'arriverait quelque chose, dites-leur que je voudrais léguer:

Mes yeux... à ceux qui n'ont jamais vu l'existence au travers des couleurs de l'arc en ciel...

Mes jambes, tiens... à ceux qui ont passé leur vie à courir en vain derrière des mirages...

Mes mains... Qu'on les greffe à quelqu'un qui n'a jamais su tendre les siennes aux autres. Sûr qu'il sentira comme c'est bon et chaud de sentir la paume et les doigts d'un ami qu'on retrouve, ou la douceur de la joue d'un enfant...

Ma bouche... C'est possible de la donner?... Qu'elle serve à celui qui n'a jamais su mordre dans la vie comme on mord dans une "Reinette" ou une "Golden delicious"...

J'abuse, hein!... Bon! Je vais donc me limiter...

Mon cerveau... dans lequel j'ai mis tous les tiroirs de ma mémoire, je le donne à l'amnésique qui ne sait pas encore comme il est bon de se souvenir de ses joies enfantines, de ses premières amours, des visages des êtres chers qu'on a croisé tout au long des années...

Et mes pieds!... Bof! Ceux-là, je les garde, car j'en aurai sans doute besoin si je veux continuer à marcher dans les nuages...

 

Extrait de "Trompe-la-Mort ou le Journal de Faustine" interprété par Marion lors des funérailles d'Yves Duval

et reproduit avec l'autorisation de Monique Thibaut, sa compagne.

 

 

 

A se procurer d'urgence, avant qu'il ne soit épuisé:

 

 

Couverture du superbe livre "55 ans dans les bulles" de Yves Duval

paru récemment aux éditions HIBOU/BDF

161/36, rue Théodore De Cuyper - 1200 Bruxelles.

224 pages de passion partagée.

ISBN 2-87453-019-0

 

Rééditions parues ou à paraître

aux éditions HIBOU/BDF

161/36, rue Théodore De Cuyper - 1200 Bruxelles.

 

Hé oui, ça, c'est moi, selon Yves Duval en plein apprentissage du dessin.

En ce qui concerne les photos qui suivent, c'est encore et toujours moi:

"un grand romancier, selon le scénariste,en transe durant sa création."