Les jardins d'Issiô




les jardins d'Issiô


conte vulgaire en forme d'éjaculation spirituelle




une autre manière de remuer ciel et terre...


EXTRAIT




  Ah, madame Suzette, que vous me sembliez belle dans votre gestuelle si pleine de retenue ! Que vous me sembliez bonne et généreuse dans vos intentions de gâteries si onctueuses. Un jour, le moment opportun venu, pour vous remercier de vos bons offices, promis, juré, je réciproquerais…

  Une chapelure mousseuse giclait des doigts savonneux de la belle. Elle m’astiqua énergiquement les aisselles. Mais pas que. Et plus délicatement les plantes des pieds. Mais pas que. C’en devint le bonheur absolu.

  Un petit cri strident me dégrisa soudain.

- Oh, monsieur Djac, vous alors ! On peut dire que vous serez resté jusqu’au bout un vilain petit coquin ! Ah, je vous reconnais bien là !

 Elle eut l’air aussi de renifler un peu bruyamment. Et même de s’y reprendre à plusieurs fois. Avant d’essuyer quelque larme car les yeux lui piquaient et d’éponger ses narines trop humides. Car c’était l’époque des pollens.

  Horreur !

 Au-delà de mon nombril, avait émergé de mon ventre gonflé quelque bricole raidie, ressemblant à s’y méprendre à une sorte d’instrument agraire servant à labourer et fertiliser les sols autrefois.

  Autrefois…

 Mon Dieu, pouvez-vous imaginer un seul instant cet immense fatras d’angoisse ressenti, adolescent, à la seule idée que les épis de blé de l’été eussent pu épouser parfaitement, un à un, les traits de mon visage encore poupon ?

  Qu’aurait alors dit monsieur le curé ?

  - Mon fils, les épis de blé, cette année, vous ressemblent étrangement. Êtes-vous vraiment certain de n’avoir rien à confesser ?

 Même lui s’en était aperçu, lui qui donnait d’aimables rendez-vous galants, en plein champ, à mon ancienne institutrice gardienne. Mais en tout bien, tout honneur, cela va sans dire, le bréviaire en main, la chasteté en plus.

  Je me souvenais aussi de ces journées fakir qui nous faisaient, nous les jeunes mâles en rut, chevaucher des jeunettes anorexiques, plus squelettiques encore que petits fagots de cure-dents. Mieux eût valu sans doute baiser des hérissons !

  Mais qu’aurait alors dit monsieur le curé ?

Et ces douces nuits trampolines où, saisis du mal de mer, l’on caracolait sur des ventres plus matures, mais aussi plus épais et mouvants que banals matelas d’eau ? Avec eux pourtant, j’avais eu l’impression de faire quasi le tour du monde.

  Des douces ablutions savonneuses de madame Suzette, resurgissaient des pans entiers de passé trépassé.

  Rien que pour cela, jamais ne me serait venu à l’esprit de bouder mon plaisir. Pourtant je me retins de tout avouer jamais à madame Suzette.

   La félicité paralyse…

Intéressé(e) ?


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